Le journal pour le pardon : écrire vers le lâcher-prise

23 mai 2026 · 5 min

On confond le pardon avec l'absolution, avec l'oubli, avec dire que ce qui s'est passé n'était pas grave. Il n'est rien de tout cela. C'est le lent travail de laisser la chose cesser de te coûter autant.

La plupart des gens n'y arrivent pas avec une seule grande décision. Ils y arrivent peu à peu, sur une page, en quelques semaines ou quelques mois. Un journal est l'endroit où ce lent travail trouve sa place.

Ce qu'est vraiment le pardon, et ce qu'il n'est pas

Pardonner, ce n'est pas dire que c'était acceptable. Ce n'est pas promettre d'oublier. Ce n'est pas forcément se réconcilier, et ce n'est pas laisser la personne revenir dans ta vie. C'est parce qu'on mélange ces choses-là que les gens résistent à pardonner, souvent à juste titre. Ils sentent que 'pardonner et oublier' leur demande de mentir.

La version qui vaut la peine d'être pratiquée est plus petite et plus honnête : décider que tu ne vas plus organiser ta vie intérieure autour de ce qui s'est passé. Tu arrêtes de le repasser en boucle. Tu arrêtes de le laisser te coûter du sommeil, de la paix, et la version de toi qui existait avant.

Pourquoi écrire aide

L'esprit essaie de régler la chose en la repassant, en cherchant la pièce manquante qui finirait par lui donner du sens. La répétition ne fonctionne pas. Au bout d'un moment, tu as regardé la même scène mille fois sans rien apprendre de nouveau.

L'écriture casse la boucle. Une fois que c'est sur la page, l'esprit n'a plus à la tenir. Tu peux aussi la voir avec un léger recul, et c'est le seul endroit où le pardon devient possible.

Vers le pardon de quelqu'un d'autre

Commence par écrire ce qui s'est passé, dans la version la plus factuelle possible. Pas la version où tu étais entièrement innocent et où l'autre avait entièrement tort, juste ce qui s'est vraiment passé. Puis écris l'impact. Du concret, pas des généralités. 'J'ai arrêté de faire confiance aux gens les plus proches de moi pendant deux ans.'

Une fois cela posé, écris la question plus difficile : qu'est-ce que l'autre y a gagné, et qu'est-ce que toi tu y as gagné ? Les gens font les choses pour des raisons, même de mauvaises raisons. Les comprendre, ce n'est pas les excuser. C'est la seule façon pour que la situation cesse de paraître aléatoire, et c'est l'aléatoire qui fait tourner la boucle.

Vers le pardon de toi-même

Se pardonner à soi-même est souvent plus difficile. Des personnes qui arrivent à lâcher ce que les autres leur ont fait portent encore pendant des décennies ce qu'elles ont fait aux autres, ou à elles-mêmes.

Sur la page, le travail a la même forme. Écris ce qui s'est passé, écris l'impact, puis écris ce que tu ne savais pas à l'époque. La plupart des choses qu'on n'arrive pas à se pardonner ont été faites par une version antérieure de nous qui avait moins d'informations, moins de compétence ou moins de soutien qu'aujourd'hui. Nommer cet écart, par écrit, c'est ainsi que l'attaque contre soi commence à se relâcher.

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Quand ça ne vient pas

Certaines choses prennent des années. Ne feins pas une arrivée que tu n'as pas faite. Écrire 'je leur pardonne' quand ce n'est pas vrai, c'est le genre de chose qui fait que l'esprit s'accroche encore plus fort.

La version honnête, c'est : 'je veux arrêter de porter ça, et pour l'instant je n'y suis pas encore.' Ce n'est pas un échec. C'est juste la vérité, écrite, et c'est la vérité qui finit par laisser les choses bouger.

Quelques questions

Si tu ne sais pas par où commencer :

  • Qu'a vraiment fait cette personne, ou cette version de moi ? En un paragraphe.
  • Qu'ai-je perdu à cause de ça, nommé précisément ?
  • Quelle histoire je me raconte encore sur ce que cela veut dire ?
  • À quoi ressemblerait ma vie si ça cessait de me coûter de l'énergie chaque jour ?
  • Qu'est-ce qui devrait être vrai pour que je puisse laisser tomber ?

Pourquoi cette écriture n'est que pour toi

L'écriture sur le pardon nomme les personnes impliquées, le tort exact, la rancœur encore vivante. Elle contient des choses que tu ne dirais jamais à la personne, et peut-être même pas à ton thérapeute.

Innera garde chaque histoire chiffrée sur ton appareil. La page où tu as enfin écrit ce qu'ils ont fait et ce que ça t'a coûté reste entre toi et toi. C'est cette confidentialité qui permet à l'écriture d'être assez honnête pour vraiment te faire avancer.

Le pardon n'est pas un moment unique. C'est une longue conversation silencieuse avec toi-même, et le journal est l'endroit où cette conversation peut enfin avoir lieu.

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